Réalité, « principe de réalité », quoi de plus réel et concret qu’une cellule qui naît, vit et meurt ?

Le « principe de réalité » nous rappelle notre condition d’organisation cellulaire qui – à tout moment – doit s’adapter à son environnement, composer avec les éléments, puis – inexorablement – se soustraire au monde qui l’a vu naître.

Par opposition, le « principe de plaisir », lui, est là pour nous permettre de profiter de l’instant présent – ou à venir – et atténuer – voire occulter – cette réalité de notre condition humaine.

Car il est plus agréable de passer du bon temps avec ses amis ou sa famille que de ruminer ses pensées noires seul.e dans son coin.

Car il est plus enrichissant de se cultiver, de jouer, de découvrir, de s’émerveiller … que de ressasser sur notre sort ultime à chaque nouvelle épreuve qui se présente à nous.

Pour nous protéger des assauts qui nous rappelle cette réalité intrusive, nous mettons en place ce qu’il est convenu de nommer des « mécanismes de défense ». Ces mécanismes – inconscients – qui nous permettent d’avancer malgré nos déboires en les niant, les attribuant à autrui, faisant de l’humour pour tenter de les détourner, de les contourner … voir les écrits (1)d’Anna Freud à ce sujet.

Comme dans la cour de l’école, on joue « à faire semblant », on joue à « on dirait que », on s’invente des stratagèmes pour faire primer le « principe de plaisir » et tourner le dos au « principe de réalité ». On joue au soldat, j’te tue « pour de faux », tu comptes jusqu’à 3, tu te relèves et tu reviens jouer avec nous.

Cette règle du jeu se retrouve dans les jeux pour « adultes » : ces jeux vidéos qui rivalisent d’images de plus en plus « réalistes ». On virtualise la mort, on joue avec des armes semblables à celles de soldats de terrain, dans des environnements qui reproduisent la topographie des lieux de guerre, tout en restant assis au salon dans le canapé.

L’humain a conçu d’autres applications pour utiliser la technique de l’imagerie virtuelle, des applications thérapeutiques visant à placer la personne en situation de « faire semblant » pour limiter le risque d’exposition au principe de réalité. Soigner les troubles anxieux, le stress post-traumatique, certaines addictions … mais également pour permettre au médecin de s’entraîner à pratiquer tel ou tel geste technique.

Toutefois, comme pour le « refoulement » – mécanisme de défense qui consiste à renvoyer dans l’inconscient un traumatisme psychique en pensant ainsi s’en défaire – il faut se méfier du « retour du refoulé » qui peut s’avérer plus douloureux que le traumatisme initial. En effet, lorsque la réalité vient éveiller le souvenir du traumatisme, celui-ci refait surface avec l’exponentiel agrégat des expériences intermédiaires.

L’oxymore représentée par l’association de « réalité » et « virtuelle » nous rappelle donc nos jeux d’enfants transposée à l’époque où la technologie que nous développons nous permet de nous exposer à des leurres toujours plus représentatifs d’une réalité à laquelle nous souhaitons échapper.

Tel Esope et son « Garçon qui criait au loup », à virtualiser à outrance, ne risquons-nous pas de nous trouver fort démunis lorsque le réel va nous rattraper ?

(1) « Le Moi et les mécanismes de défense » – A. Freud – ISBN 978-2-13-051834-1 Editions PUF